mardi 22 octobre 2019

L'objet du blog

"Fadia Nicé" est parue en 2016 aux éditions Sansouire.
Cette bande dessinée historique raconte les aventures de deux jeunes esclaves à Narbonne, puis à Ostie, à l'époque de l'empire romain.

Dans ce blog, vous trouverez une présentation de l'album et de l'urne cinéraire qui l'a inspiré (onglet BD et Archéologie), et surtout le processus de la création littéaire, de la documentation, de l'imagination, de la réflexion (onglet Palimpseste).

Les onglets suivants racontent d'autres histoires.
Je me consacre dorénavant à de nouveaux projets, mais j'ajoute encore un texte de temps en temps.

Bonne lecture !

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vendredi 30 août 2019

Corps sans personne (suite ou écho)

Quelques pièces de monnaie



Et après avoir publié ce texte Corps sans personne, je vois une photo dans un numéro ancien d'Archéologia, celle d'un moulage accroupi. La trace rematérialisée d'un homme. Il a tenté en vain de se protèger contre les émanations mortelles du Vésuve. Il n'est pas retourné à la poussière. Il est devenu plâtre.

Je connais cette image depuis mes premiers livres sur Pompéi. Mais jamais je n'avais vu, sur la caisse en bois où il est posé, toutes ces pièces de monnaie que des gens ont jetées à travers des grilles, dans la poussière où s'entassent des amphores et, sur des étagères, des tessons de tuiles.

Pourquoi ce geste ? Pourquoi cette petite monnaie ?
Parce qu'il est devenu plâtre ?
Offrande à la déesse de la renommée, parce qu'ainsi figé, il est passé à la postérité ?
Geste apotropaïque pour se préserver contre une mort soudaine ?

Mon étonnement frise la sidération.
Pourtant, plus je regarde la photo, et plus j'ai l'impression de comprendre...

Photo Béatrice Robert, Archéologia n°479, juillet-août 2010


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vendredi 12 avril 2019

Corps sans personne

Un nouveau texte



Je n'avais pas ajouté de nouveau texte à ce blog depuis longtemps. En voilà un, très court, à lire dans l'onglet ci-dessus :



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lundi 25 mars 2019

Salon de l'Antiquité 22-23 mars 2019

De retour de Lyon, où j'ai eu le plaisir de présenter "Fadia Nicé" au premier Salon du livre de l'Antiquité, organisé par le Festival latin-grec. De très belles rencontres, et des conférences passionnantes. Merci aux organisateurs !

mercredi 11 juillet 2018

Le palimpseste : fin

      J’ai cherché le geste d’un homme, son ultime tendresse pour une épouse chérie, entre ses mains serrant non plus la taille mince de l’étreinte première, non plus le corps malade et fatigué qu’il caressait hier encore, entre ses mains serrant une urne funéraire, le contact rugueux de l’argile sur les doigts. Plus rien ne lui restait, les yeux brûlés de pleurs. Avec une tendre précaution faisant durer ce dernier geste d’amour, déposer le fragile réceptacle des cendres de sa femme dans le modeste cube de marbre qu’il avait fait décorer pour offrir à Fadia Nicé l’espoir du souvenir. Que tes Mânes aujourd’hui se réjouissent, Fadia Nicé, du tréfonds de la terre, du royaume des ombres où depuis dix-huit siècles tu flottes sans matière, dans l’inconsistante errance, la douleur de ne plus être, que tes Mânes entendent mes paroles et qu’ils soient apaisés ! Ton époux n’a pas agi en vain. Je me suis souvenue de vous et j’ai dit aux vivants que vous avez été...


L’un des objets de ce blog est de raconter, non pas l'histoire inventée de Fadia Nicé (pour ça, il y a la BD), mais de raconter toute l'aventure de sa création : ma découverte de l'urne funéraire au Musée d'Archéologie méditerranéenne de Marseille, le travail épigraphique, mes recherches sur les noms qui y sont mentionnés, mes premières idées d'intrigue, la naissance des personnages, la documentation rassemblée, puis la rencontre avec les Éditions Sansouire et le travail d'adaptation en BD avec Jean Cubaud. Et, en filigrane, le passage d'une époque à l'autre, et l'interrogation sur la distance et la proximité qui nous séparent des hommes du passé.


Depuis le mois de septembre, chaque semaine ou presque, je vous ai raconté un épisode de cette aventure. Le "dernier état du palimpseste", publié fin juin, clôt cette narration. Je n'ajouterai plus rien à l'onglet "Palimpseste" : à vous, lecteurs, appartient la suite.

lundi 25 juin 2018


Sit tibi terra levis



Aux vivants d’aujourd’hui,
dire aussi qu’ont été ceux qui n’ont pas de nom,
car pas de sépulture

J’ai voulu montrer l’intime proximité qui existe entre nous et les hommes du passé, dans leur vie quotidienne, manger, dormir, s’occuper, malgré les grandes différences matérielles de nos modes de vie ; la proximité de notre rapport aux autres et de nos sentiments, amour, indifférence, soif de domination, compassion, empathie, haine, jalousie, notre commune peur de la mort et le même fonctionnement de notre cerveau qui nous impose le pourquoi dès l’âge de trois ans, notre nécessité de chercher des réponses et des explications.
Et à la fois l’extrême et intime distance qui nous en sépare, car les réponses qu’ils se faisaient, et celles que nous nous faisons, sont éloignées à l’infini. Ils ne pouvaient pas imaginer l’univers tel que nous nous le représentons aujourd’hui, et nous avons l’impossibilité absolue de faire abstraction de notre représentation du monde pour nous approcher de la leur. Si je dis : ils croyaient que la terre était entourée d’un fleuve circulaire qu’ils nommaient Océan, où est-ce que je mets l’Amérique ? Dans les étoiles de notre univers en expansion ? Et en les écoutant prier pour les Mânes et le Dieu souterrain des morts, qu’est-ce que je fais du Big Bang et du Paradis ? Qu’importe que j’y croie ou pas, il existe en moi des représentations du Bon Dieu ou de l’Amérique que je ne peux supprimer. J’aurais beau m’efforcer de les ranger au noir, de les faire glisser derrière l’écran où je projette les silhouettes et les pensées de Priam, de Fadius Secundus et de Nicé, il m’en reste la mémoire cache. Impossible à effacer. Le passé est réel tout comme le futur, et réel le pouvoir de Mémoire et de Temps qui nous fait participer de l’un comme de l’autre. Je n’en suis qu’une toute petite parcelle, et je me réjouis de mes limites qui me permettent d’exister, qui me font dire « je » ici et maintenant. Mais j’aime coller mon œil aux rares interstices de l’horizon du temps pour tenter de saisir un éclair de l’infime et immense vérité des hommes.


Vale æternum, Fadia Nice ! Sit tibi terra levis !



Texte à retrouver dans le Dernier état du palimpseste

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lundi 11 juin 2018

L'esclave gauloise de Pythéas (2)

L'esclave gauloise de Pythéas : La deuxième partie, "L'Arrivée" est en ligne



Une esclave de l'île d'Ouessant a embarqué sur le bateau de Pythéas. Elle aborde à Massalia où l'attend sa destinée...

"Après plusieurs semaines de navigation de port en port, où les gens parlaient une langue ressemblant à celle d’Uxisama, ils ont traversé un passage terrible. Des courants opposés se disputaient le bateau, une voile s’est déchirée. Malgré la bourrasque, Pythéas, à plat ventre sur le pont, accroché au bastingage, faisait des relevés et tentait de repérer le mont Kalpè au nord, et au sud l’Abyla : les colonnes d’Héraklès. Cela fait une lune et vingt-quatre jours qu’ils les ont passées. Elle entend les marins prier des divinités aux noms nouveaux pour elle. Mais depuis ce jour-là, la mer ne descend plus. Sans cesser un instant, elle prie la déesse qui dans son peuple, veille sur les marées. Dans le creux de sa main, le cône du coquillage sacré lui impose de ne pas montrer sa peur. Elle se tait. Les marins sont devenus fous. Ils ne se rendent pas compte du dérèglement des éléments, ils ont l’air de trouver normal que chaque soir, la mer soit haute dans leur port d’escale, et qu’au matin non plus elle n’ait pas bougé.
L’esclave gauloise se lamente en secret. Le sort de l’univers n’est pas le seul qui la préoccupe. Elle sait pourquoi on l’a embarquée. Elle sait que chaque soir qui se couche la rapproche de son destin. Elle commence à craindre son destin. Et cette folie des flots, de quoi est-elle le signe ?..."

à lire dans l'onglet "À suivre" :




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jeudi 31 mai 2018

L'esclave gauloise de Pythéas

In extremis, voici le texte du mois de mai : L'esclave gauloise de Pythéas (Première partie, le départ), pour voyager de l'île celtique d'Ouessant à Marseille la grecque.



Les marins du bord se moquent d’elle, parce qu’elle n’arrive pas à prononcer leur nom, ni celui du commandant de l’expédition : Pythéas de Massalia. Le destin de ces hommes est désormais lié au sien. Ils l’ont emportée. À cause d’eux elle a quitté son île. Sur le bateau, elle le sait, ils la laisseront tranquilles.
Elle quitte son île pour la première et la dernière fois. Elle le sait : elle ne reviendra pas. Son île, Uxisama, est au centre du monde, exactement. À certaines grandes marées, on y voit le soleil se lever au moment même où la lune se couche. Les druides savent ces choses à l’avance. Il faut en remercier les dieux. Elle regarde s’éloigner les hautes falaises grises. Elle garde dans le cœur l’image de son village et des champs alentour, de la lande où battent les vents, où fleurit la bruyère, où courent les lapins...

Lire la suite dans l'onglet "À suivre" :




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samedi 26 mai 2018

Fadia Nicé, Marseille et la biofiction


Fadia Nicé, abordas-tu jamais au port de Massilia ?



Ce serait vraiment par trop extraordinaire que la Fortune t’ait fait poser les yeux sur la colline où tu reposes aujourd’hui : sinon tes cendres, dispersées au vent d’Ostie par l’irrespectueuse main d’archéologues sans scrupules, du moins leur réceptacle, cette petite urne de pierre qui d’un recoin du Musée d’archéologie m’a menée jusqu’ici. Et je me fais scrupule, moi, de t’y mener aussi. Qui suis-je, Fadia Nicé, pour réécrire ainsi ta vie sans mandat de ta part ?
Si tu étais un personnage célèbre, cela ne me dérangerait aucunement de rafistoler à ma façon les débris d’une existence que, par soif de gloire ou de pouvoir, tu aurais voulue publique, et que par conséquent tu m’aurais donné le droit d’arranger à ma sauce. Mais toi, humble parmi les humbles, toi qui ne t’appelles ni César ni Cléopâtre, tu n’as eu qu’une vie et je te la pastiche. J’anticipe même sur ton post mortem en te faisant toucher à Marseille. Remarque que j’ai la délicatesse de ne pas t’y faire débarquer. Tu as encore des années à vivre, et je te les souhaite heureuses, sous le ciel latin. Ce ciel latin qu’en vrai, tu as peut-être eu toute ta vie au-dessus de la tête. Pourquoi toutes ces péripéties, et a-t-on besoin, pour être affranchie de Sextus Fadius Secundus Musa, d’avoir logé dans sa maison de Narbonne ? Absolument pas ! Le bonhomme possédait sans aucun doute un bon paquet d’esclaves en Italie. Alors voilà, on reprendrait tout et on dirait que tu serais née à Ostie d’une esclave de la compagnie et qu’on t’aurait casée, pas contre ton gré mais sans te demander ton avis, avec le fils d’une autre esclave des naviculaires, et que tu aurais mené une existence obscure, sans tumulte ni péripéties, presque pépère et entourée des tiens, dans ce milieu prospère des négociants en huile. Ça te plaît comme ça ? Ça te va mieux ? Eh bien pas à moi. Parce qu’après tout zut ! Ce n’est peut-être pas ta vie, mais c’est mon histoire : je continue.



Texte à retrouver dans le Palimpseste de la semaine

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jeudi 10 mai 2018

La lutte contre l'esclavage aujourd'hui


En souvenir de monsieur S.
En hommage à Biram Dah Abeid et à tous les militants d'IRA Mauritanie




Marseille, 2007 ap. J.-C.

J’ai rencontré un homme au regard pétillant, grand, bien proportionné, au sourire franc. Le lobe de son oreille gauche était sectionné. «C’est, me dit-il, la marque des esclaves rebelles. Chez moi là-bas, en Mauritanie, quiconque me voit le sait : je me suis révolté et j’ai été puni, je suis un esclave rebelle. Et si je suis repris, je serai rendu à mon maître et qui sait ce qu’il fera de moi, l’esclave enfui. Je n’aurai d’autre loi que lui.»
«Vous savez,» me dit cet homme, «quand j’étais enfant je vivais au désert. J’élevais des chèvres et quelques chameaux, je traitais bien les troupeaux, je leur trouvais à boire en creusant dans le sable et puis moi, après seulement, je buvais. Vous savez le patron était content de moi, quand il venait nous visiter il me félicitait et moi j’étais content d’être complimenté. C’était comme ça, quand le patron venait on devait lui servir à boire et à manger, nous les enfants pasteurs, on devait lui verser le thé, et délasser ses muscles fatigués, longtemps, longtemps le masser. C’était comme ça. Les enfants du patron allaient à l’école, ils apprenaient à lire et à compter, pas nous. C’est comme ça là-bas, si deux esclaves se marient, la femme va servir le maître de son mari, mais les enfants appartiennent au patron de la mère, ils retournent travailler chez lui. Moi je me suis révolté, parce que j’ai vu les enfants de mon maître, avec qui je grandissais, qui allaient à l’école et moi je restais garder les chèvres, j’ai remarqué qu’ils n’étaient pas traités comme nous. J’étais une forte tête. Je me suis fait remarquer. C’est pour ça que le neveu du patron m’a emmené avec lui, quand j’ai été plus grand, pour conduire le camion, pour m’éloigner des autres, pour me mater. Je n’avais pas le permis mais c’est moi qui conduisais et quand on arrivait en ville il reprenait le volant. Pendant que je conduisais lui il se reposait. Et quand le camion s’enlisait, il fallait placer sous les roues de grandes plaques de tôle pour le faire repartir, c’est nous qui le faisions, le patron conduisait et nous on mettait les tôles et le camion une fois redémarré devait continuer sur sa lancée, un kilomètre ou deux nous marchions sur la piste, portant les tôles sur nos têtes, à bout de bras, jusqu’à retrouver le camion. Et tout l’argent que je gagnais, parce qu’on travaillait avec les camions pour une société française, tout l’argent je devais le reverser au patron.»

Quand j’ai raconté l’enfance de Priam, c’est à ce monsieur que j’ai pensé. Je le revois me dire avec un haussement d’épaules : «C’était comme ça, à l’époque je ne connaissais rien d’autre et je trouvais ça normal».


Deux ans plus tard, j'ai fait la connaissance de Biram Dah Abeid. Son combat contre l'esclavage qui perdure en Mauritanie, ses qualités exceptionnelles, son humanisme, son empathie, sa dévotion aux autres, son sens de l'homme et de la justice, m'ont profondément touchée.
Que ces lignes me permettent d'exprimer l'immense estime que j'ai pour lui, et de lui témoigner de mon amitiés, ainsi qu'aux autres militants que j'ai eu l'honneur de rencontrer, Leila Abeid, Mohameden Dah, Hamady Lehbous, et leurs soutiens d'IRA-France-Mauritanie, Marie et Jean-Marc Pelenc en premier lieu.


Texte à retrouver dans le Palimpseste de la semaine

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vendredi 27 avril 2018

A. d. V Kal. Mai.

Joyeux anniversaire Sextus Fadius Secundus Musa !



Aujourd'hui, cinquième jour avant les Kalendes de Mai*, c'est l'anniversaire de S. Fadius Secundus Musa, ainsi que nous l'apprend l'inscription de Narbonne (voir le paragraphe 4.1 du Palimpseste).

*ante diem quintum Kalendas Maias

Cette inscription lapidaire, actuellement au Musée archéologique dans le palais des archevêques de Narbonne, sera présentée dans les collections du nouveau musée archéologique, NarboVia (anciennement MuReNa), dont l'ouverture est prévue en 2020.
https://musees-occitanie.fr/musees/narbo-via/





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